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AFRIKANEWS

DOSSIER SUR LES RELATIONS COTE D'IVOIRE-FRANCE:L’IMPOSSIBLE RECOLONISATION PARTIE1

21 Mars 2016, 12:41pm

Publié par Mspdi Ubuntu

DOSSIER SUR LES RELATIONS COTE D'IVOIRE-FRANCE:L’IMPOSSIBLE RECOLONISATION PARTIE1

Depuis le 11 avril 2011, les relations entre la France officielle et le peuple de Côte d’Ivoire ont pris du plomb dans l’aile avec l’arrestation honteuse suivie plus tard de la déportation du président Laurent Gbagbo à La Haye. Et chaque jour qui passe, le fossé entre la Côte d’Ivoire et ce pays, hier adulé, parce que, croyait-on, était une nation respectueuse des droits des peuples, se creuse et l’on s’achemine lentement mais irréversiblement vers la rupture. De nombreux observateurs ivoiriens très francophiles et qui avaient un penchant pour la gauche française, pensaient que le crime contre notre pays et le désordre qui en est suivi, avait été orchestré par les présidents Chirac et Sarkozy - et par extension par la droite française- pour assouvir leurs instincts impérialistes et néocolonialistes. Mais depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir avec les actes que pose François Hollande çà et là en Afrique, notamment au Mali, en Centrafrique et actuellement au Bénin, ces derniers ont fini par admettre que sur les questions de ses relations avec l’Afrique, il n’y a pas de frontière entre la France de gauche et celle de droite. Pour sa survie, la France a besoin de l’Afrique non pas comme partenaire, mais pour l’exploiter comme au bon vieux temps des colonies. Au regard des comportements de ses dirigeants vis-à-vis de ceux de son pré-carré africain, on se rend compte que malgré les indépendances proclamées, cette nation n’a jamais cessé d’être coloniale et colonialiste. Et les Ivoiriens se rendent compte aussi qu’avec l’intervention directe de l’armée française dans la crise postélectorale, ils n’ont jamais été réellement indépendants. Depuis le 11 avril 2011, mais surtout depuis la déportation du président Laurent Gbagbo à La Haye, les signes du divorce entre la Côte d’Ivoire et la France sont de plus en plus perceptibles

LA FRANCE, UNE NATION COLONIALISTE ?

1. La Gauche, comme la Droite, est aussi colonialiste.

La France, une nation encore colonialiste ? La question mérite d’être posée. En effet, en juillet 2012, dans le cadre d’une interview sur la crise postélectorale en Côte d’Ivoire et principalement sur la recherche des conditions de la paix et de la réconciliation entre les Ivoiriens, à une question du journal Le Nouveau Courrier, qui me demandait ce que la France, en tant qu’acteur-clé de cette crise au lendemain de la victoire électorale de François Hollande aux élections présidentielles de mai 2012, pouvait apporter dans la résolution de cette crise, je répondis en ces termes :
« Elle peut faire beaucoup. La France de François Hollande s’entend. Le nouveau président français dont je salue au passage la brillante victoire aux dernières élections, a tout pour redorer l’image de la France trop ternie par son prédécesseur en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire. La France de Sarkozy est vue par tous les Africains épris de justice et de liberté comme une France génocidaire, une France arrogante, une France inutilement interventionniste qui s’ingère dans les affaires intérieures des Etats indépendants et souverains, une France des coteries et des affaires mafieuses. Hollande doit faire oublier tout cela et il le peut ». (1)
Je croyais à cette époque, bien naïvement, en François Hollande, nouveau locataire de l’Elysée parce qu’il était issu du parti socialiste français, un parti qui émargeait avec le Front populaire ivoirien à l’Internationale socialiste et dont la candidature a été portée par toute la Gauche française mais aussi par tous les citoyens essoufflés de l’aventure politique périlleuse de la Droite depuis la disparition de François Mitterrand. Aussi, poursuivant dans mes réponses aux questions du journal, je fis comprendre sans détours ce que la Côte d’Ivoire et toute l’Afrique attendait de son mandat en m’appuyant sur son slogan de campagne : le changement, c’est maintenant.
Ce slogan, était à mes yeux « tout un programme dont le monde attend beaucoup. Mais pour nous les Africains, ce changement ne doit pas se réduire à un simple ménage de meubles dans la maison. D’abord, ce que l’Afrique attend, c’est une véritable rupture d’avec une vision du monde coupé en deux (camps), l’un détenteur de la force nucléaire qui veut imposer sa volonté à l’autre qui ploie sous le poids de la misère et à qui on refuse le droit minimum de disposer de lui-même. Ce que l’Afrique attend, c’est une rupture radicale avec une certaine politique étrangère outrancière, outrageante et arrogante, une rupture avec l’interventionnisme militaire tous azimuts, rupture avec une coopération financière stressante, avilissante, oppressante et appauvrissante. Hollande doit savoir que le monde aujourd’hui et surtout l’Afrique appelle au changement comme en France.
Ensuite, Hollande doit lui-même tirer les leçons de la chute de Sarkozy et savoir avoir une oreille (attentive) pour les Africains qui voient dans la date du 6 mai 2012 qui a marqué son élection comme une date porteuse de grands bouleversements comme celle de 1789 de la Révolution Française qui a proclamé la République, 1917 de la Révolution russe qui a sanctionné la fin du régime des Tsar, 1948 qui a vu la naissance de l’Onu et 1989 qui a mis fin à la guerre froide après la chute du mur de Berlin. Les Africains ont soif de changement comme ils l’ont eu après la Deuxième Guerre mondiale, soif qui a enclenché la décolonisation. Nous sommes dans les mêmes dispositions d’esprit aujourd’hui. L’Afrique appelle au respect de l’indépendance et de la souveraineté de ses Etats. Et Hollande devrait être attentif à cela et ne doit pas se laisser devancer et dominer par les événements comme ses prédécesseurs dans les années 50 «pour ensuite céder aux revendications lorsqu’elles s’expriment sous une forme violente. Il importe de prendre en temps utile les dispositions qui permettent d’éviter les conflits graves» ainsi que le recommandait le projet du préambule de la Loi-cadre ». (2)
Et je me permis de lui faire les propositions suivantes de ce que la France devait faire sous sa gouvernance, propositions qui devaient résonner comme des recommandations fraternelles à un camarade de gauche pour sauver l’amitié franco-africaine :
« D’abord la France officielle ne doit pas avoir peur des Africains, surtout ceux de l’espace qu’elle contrôle et auxquels elle est historiquement liée. Elle ne doit pas un seul instant, présumer que ces Africains de culture française, de sentiments français, placés depuis longtemps dans un système économique français, ayant pour référence le modèle français, peuvent se détourner d’elle. (3)
Ensuite, elle doit, par une conférence internationale du type de celle qui a eu lieu à Brazzaville en 1944, avec tous ses diplomates mais aussi tous les Africanistes pour faire le point de sa présence en Afrique, mais aussi de la vérité sur les réalités africaines (déformées) colportées, pour bâtir une nouvelle politique de coopération avec les Etats africains.
Au-delà de tout çà, Hollande doit rompre courageusement avec la Françafrique ainsi que les sommets anachroniques France-Afrique. Et plus que cela, le gaullisme qui engageait vers la fin des années 50, la France à voir chez les nouveaux Etats africains, des partenaires privilégiés parce que, «si leur administration novice, leur économie naissante, leurs finances désorganisées, leur diplomatie tâtonnante, leur défense à ses débuts, recouraient à elle pour s’établir, il faudrait s’y prêter».(4) La France doit cesser de voir les Etats africains comme des Etats naissants. Elle doit voir autrement nos Etats devenus matures car à vouloir les maintenir sous une quelconque domination peut devenir une gageure, où la France, pour ne rien gagner peut tout perdre.(5)
En faisant ces propositions à la France socialiste, qui en définitive ne retinrent pas l’attention du nouveau locataire de l’Elysée, je croyais honnêtement en cette France généreuse, internationaliste, anticolonialiste et respectueuse des droits du citoyen et des peuples incarnée par Jean-Jaurès et Léon Blum. Mais, - je l’apprendrai à mes dépens -, cette France de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité entre les peuples sous les socialistes ne diffère pas du tout de celle qui a existé sous la gouvernance de la Droite de Chirac et surtout de Nicolas Sarkozy. Non seulement sur le territoire français, la Gauche au pouvoir se révèle incapable de créer de nouvelles idées révolutionnaires au plan économique et social mais hors de France, cette Gauche comme la Droite est écartelée entre guerre coloniale et françafrique. Elle continue de regarder l’Afrique comme un empire colonial, un espace économique, vaste débouché de son industrie et réservoir de matières premières à prendre gratuitement ou bon marché.

2. La Gauche, prisonnière des colons et des multinationales

Dès le début de son mandat, François Hollande, pour attirer certainement l’attention sur lui et donner l’impression d’inaugurer une nouvelle conception des relations franco-africaines, prit le contrepied du discours négationniste de l’Homme noir professé par Nicolas Sarkozy, son prédécesseur immédiat (6) et rassura les Africains quant à sa volonté de se démarquer de la honteuse politique de la Françafrique. Devant les Députés sénégalais, le 12 octobre 2012, il avait même affirmé que la France regarderait les « Africains comme des partenaires et comme des amis » (7). Mais, les actes de domination par les armes qu’il a posé au Mali, en Centrafrique, son inclination à s’accommoder de la dictature d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire et à prendre le thé avec ce dernier tant que les richesses ivoiriennes lui seront bradées, son ingérence diplomatiquement peu courtoise dans la politique intérieure du Bénin en allant imposer Lionel Zinsou, candidat à la présidence de la République de ce pays après l’avoir fait accepter comme Premier ministre, poste qui n’existe pas dans l’actuelle constitution béninoise, le soutien qu’il a apporté à Denis Sassou Nguesso qui a tripatouillé la constitution de son pays pour effacer la limitation du mandat présidentiel, son incapacité à sortir du bourbier Libyen etc. achèvent de convaincre que la France, c’est la France. Le clivage idéologique qui semble exister, entre la Gauche et la Droite, n’est qu’un artifice, juste pour favoriser l’alternance démocratique au pouvoir.
A l’analyse des politiques africaines de la France par exemple, depuis 1944, de de Gaulle à Hollande, on s’aperçoit facilement que tous les chefs d’Etat qui se sont succédé, ont été tous des colonialistes. La France, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est demeurée coloniale. Tous les semblants de changements qui ont été opérés dans les relations de la France avec l’Afrique ont été tous des corrections voire des ajustements coloniaux pour mieux exploiter le continent noir mais cette fois avec l’assentiment des chefs des Etats dits indépendants que la France contrôle à souhait ou qu’elle aide à installer dans la violence des armes. Ainsi, François Hollande, après avoir pris la mesure de la récession économique profonde de son pays, récession enclenchée sous le président Jacques Chirac et qui s’est aggravée sous Nicolas Sarkozy,(8) a pris finalement le raccourci de renoncer à ses promesses faites aux Africains comme l’a accusé Jean-Luc Mélenchon (9) en se soumettant aux industriels et hommes d’affaires français.(10) Le faisant, il s’inscrit bien dans une tradition tri-séculaire française. Claude Wanquet avait déjà bien observé cette attitude qualifiée de « paradoxale » chez des politiques français qui, entre 1794 et 1802 sur la question de l’abolition de l’esclavage, étaient « déchirés entre une volonté, obstinés à défaut d’être forte, d’être fidèles à des principes, et un souci, parfois peut-être plus ou moins résigné, d’être efficaces et de composer avec la réalité » (11). Et cette réalité était celle des colons et elle reste celle des colons, voire des multinationales, des puissances financières, des industriels comme de nos jours Elf (Total), Bouygues, Bolloré, Areva, etc. Aussi, Hollande n’aura-t-il pas plus de scrupule que ses prédécesseurs de la Droite à aider ces colons à dominer, exploiter et aliéner le continent africain du moins l’espace économique de son pré-carré pour relever l’économie française décadente. Cette incohérence dans le discours et les actes posés chez les hommes d’Etat de gauche avait été stigmatisée du temps où Lionel Jospin était Premier ministre de Chirac et avait fait dire à un Jacques Vergès moqueur :
« Notre belle gauche qui se targue d’avoir été anticolonialiste, retrouve les mots de la minoration de l’autre, de l’infantilisation du bon Noir ! » (12).
Mais avant Vergès, après avoir fait l’analyse de la débâcle électorale de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle du 21 avril 2002, Gérard Desportes et Laurent Mauduit, tous deux journalistes, expliquant les causes de ce qu’ils avaient qualifié de « séisme électorale », avaient bien indiqué que structurellement en ce printemps 2002, la Gauche française, était arrivé au bout de son Histoire (13). Ce premier tour de la présidentielle restera selon eux « une date historique. Le jour de la mort d’une certaine gauche, celle qui a rêvé pendant plus d’un siècle de changer la vie, d’abolir le travail aliénant, de répartir les richesses ».(14)
Et de prophétiser :
« Il y aura sûrement alternance après la droite, il y aura à nouveau la gauche aux affaires, mais ce ne sera pas la même. Quand la gauche se réveillera, quand elle aura rallié à elle la majorité des suffrages, quoi qu’il arrive, ce ne sera pas la même ». (15)
François Hollande est arrivé au pouvoir avec la gauche en 2012. Il y a eu l’alternance avec la Droite de Chirac et de Sarkozy, mais ce n’est plus la même gauche. Elle s’est réveillée à droite. Cette Gauche-là est devenue plus coloniale, plus dominante, plus exploiteuse et plus françafricaine que la Droite. Sur la question de la guerre à porter contre les peuples hors de l’Otan, de l’impérialisme et du nationalisme, la Gauche actuelle semble unie à la Droite libérale, connue pour être conquérante et colonialiste.

3. Le rapport Védrine, un autre ajustement colonial.

Dès que les socialistes sont revenus au pouvoir, pour faire face à l’effondrement de l’économie française, ils ont tourné les yeux vers l’Afrique, continent qui reste convoité par tous les Occidentaux mais aussi de plus en plus par la Chine. François Hollande aussi a organisé son ajustement colonial à travers le volumineux rapport Védrine (16) comme l’avaient fait le général de Gaulle en 1944 à la Conférence africaine de Brazzaville, et François Mitterrand à la Conférence de la Baule après l’effondrement du mur de Berlin en 1989. Tous ces ajustements accompagnent le capitalisme en Afrique. Et contrairement aux bonnes intentions affichées dans ce rapport Védrine qui parle de « partenariat pour l’avenir », le continent africain reste pour la France un continent d’exploitation coloniale. Là où elle peut obtenir la collaboration des « bons nègres » pour leur propre enrichissement et celle de la France, les dirigeants de l’hexagone de gauche comme ceux de droite, fermeront les yeux sur leur mal-gouvernance, leurs gabegies des finances publiques, sur l’érosion financière dans les budgets de l’Etat due aux détournements massifs et à la corruption. Mais là où, les chefs des Etats africains seront plus regardant dans la gestion du pays, travailleront d’abord pour la promotion humaine et sociale de leurs concitoyens et pour le respect de leur souveraineté, la France de gauche comme celle de droite oublieront toutes les idéologies généreuses de respect des droits des peuples à l’autodétermination et n’hésiteront pas à combattre ces derniers taxés de nationalistes. C’est que, en matière de politique africaine, les deux tendances politiques françaises, qui se font les chantres de la démocratie, en réalité, rechignent à voir de vrais démocrates à la tête des Etats, ceux qui, justement, au nom de la démocratie et du respect des souverainetés nationales, refusent ce que Pierre Dagbo Godé appelle le clientélisme-sujétion (17), et chouchoutent paradoxalement les dictateurs pour maintenir ou renforcer les privilèges à tirer de leurs Etats.
Ainsi, dans la crise ivoirienne actuelle, il ne faut rien n’attendre de la gauche française au pouvoir (18). François Hollande sur le dossier ivoirien louvoie et se comporte comme un parfait héritier de Sarkozy. Au nom des intérêts économiques, stratégiques et politiques, il entend garder la haute main sur l’Afrique et particulièrement sur la Côte d’Ivoire. Et le président Laurent Gbagbo ne se fait aucune illusion et a raison de dire ne rien attendre du chef d’Etat actuel de la France quant à l’issue de sa détention à La Haye. Et il s’en explique :
« François Hollande, il venait me voir à mon hôtel chaque fois que j’étais à Paris. Je n’en ai jamais rien attendu, et je n’en attends rien. Les avocats de Ouattara ici à La Haye, sont ses amis intimes, Jean-Paul Benoit, et Jean-Pierre Mignard. Ouattara ne les a certainement pas choisis au hasard. Il sait ce que lobbying veut dire… » (19)
Selon le président ivoirien, si les socialistes français n’arrivent pas à se distinguer de la Droite sur la question des relations de la France avec l’Afrique, c’est tout simplement parce qu’ils trainent un complexe vis-à-vis de la droite. Ils sont à la remorque de la Droite. Il écrit :
« Les socialistes français ont un complexe… Ils veulent faire croire qu’ils gouvernent comme la droite. Au début des années 2 000, Villepin les a tous manipulés, en leur disant le monstre que j’étais…Ils ont eu peur d’être éclaboussés, ils m’ont lâché. ‘Gbagbo est infréquentable’, a dit Hollande à ce moment-là » (20).
Au regard de tout cela, il est illusoire de croire que la France de Hollande posera des actes qui iront dans le sens attendu par tous les Ivoiriens. Au contraire, elle cherche son homme, un client-sujet ou un client opportuniste. En attendant elle s’accommode au dictateur Ouattara. Si un jour le président Gbagbo devait être libéré de La Haye avec le concours de la France, tout laisse croire que ce sera après le bi-mandat de Ouattara. Et ce jour-là, les officiels français, pour se donner bonne conscience, viendront parler de malentendu, organiseront des cérémonies publiques d’indignation et de remords avec sur leurs joues mouillées de quelques perles de larmes pour provoquer l’émotion et demanderont pardon pour les crimes de la France comme l’a fait François Hollande au Cameroun pour ce qui est du leader Um Nyobe. Après quoi, la vie continuera. Tout simplement. L’humiliation physique et morale qu’aura subi le président Laurent Gbagbo, les violences et l’usage de la force armée contre le peuple de Côte d’Ivoire passeront en pertes et profits. Au nom de l’amitié légendaire entre la France de de Gaulle et la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny !!! Et au bout, ce sera… le triomphe de la République coloniale !
Les Africains et particulièrement les Ivoiriens doivent-ils se laisser se jouer ainsi d’eux ? Doivent-ils continuer de se laisser entraîner dans ces scénarii sans réagir et attendre que l’histoire se déroule sans eux et très souvent contre eux ?

Lazare KOFFI KOFFI
Notes
1. Le Nouveau Courrier du 12 juillet 2012
2. Voir Préambule de la Loi-cadre de 1956.
3. Je paraphrasais ici Sourou Migan Apithy, à l’époque chef du gouvernement du Dahomey sous le signe de la loi-cadre qui sur les discussions du droit à l’indépendance des territoires français d’outre-mer avait dit en mai 1958 : « Comment douter que des Africains de culture française, de sentiments français, placés dans un système économique français, pourraient hésiter un instant à choisir la France si on les laissait libres de s’associer ? » (Voir Paul-Henri Siriex, Houphouët-Boigny ou la sagesse africaine, NEA/Nathan, Abidjan-Paris, 1986, p.167)
4. Général de Gaulle, Mémoires d’espoir. Le Renouveau, 1958-1962, Plon, Paris, 1971, pp. 44-45. Voir aussi Lazare Koffi Koffi, Côte d’Ivoire, ma passion. Une expérience de foi en politique; L’Harmattan, Paris, 2014, p. 254
5. Cet avertissement avait été déjà lancé aux décideurs français par le Général de Gaulle à l’époque des discussions sur le maintien ou non des colonies. Voir Général de Gaulle, Mémoires, op.cit.
6. Sarkozy, à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar avait, dans une conception sélective du passé de l’Afrique, affirmé en 2007 que « le drame de l’Afrique trouve son origine dans son allergie congénitale à la modernité » (Voir Saïd Bouamama, Figures de la révolution africaine. De Kenyatta à Sankara, Editions La Découverte, Paris, 2014, p. 9.) Contre Sarkozy qui prétendait donc que l’Homme africain n’était pas entré assez dans l’Histoire, François Hollande non seulement rectifiera cette énormité sarkozienne en soutenant l’apport de l’Afrique dans la civilisation universelle mais il déclarera devant les députés sénégalais le 12 octobre 2012 que le temps de la Françafrique était révolu et que « les émissaires, les intermédiaires et les officines trouveront désormais porte close à la présidence de la République française comme dans les ministères » (Jean-Claude Djéréké, Abattre la Françafrique ou périr. Le dilemme de l’Afrique francophone, L’Harmattan, Paris, 2014, p. 148)
7. Jean-Claude Djéréké, Abattre la Françafrique ou périr. Le dilemme de l’Afrique francophone, L’Harmattan, Paris, 2014, p. 149.
8. Voir les chiffres de l’Insee publiés au lendemain de l’arrivée au pouvoir de Hollande.
9. Jean-Claude Djéréké, op. cit. p. 148.
10. Idem. Pierre Laurent accusera Hollande de faire « la politique de Gattaz, le président du Medef »
11. Claude Wanquet, La France et la première abolition de l’esclavage, 1794-1802. Le cas des colonies orientales, île de France (Maurice) et la Réunion, Karthala, Paris, 1998, p. 658.
12. Bernard Debré, Jacques Vergès, De la mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier, Jc Lattès, Paris, 2003, p. 104.
13. Gérard Desportes, Laurent Mauduit, L’adieu au socialisme, Grasset, Paris, 2002; p. 10.
14. Ibidem.
15. Idem, pp. 10-11.
16. Le titre de ce rapport est « Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France ». Fait en décembre 2013, ce rapport invite la France à prendre la mesure de l’émergence économique et sociale de l’Afrique qui en fera l’un des pôles majeurs de la mondialisation du XXIe siècle. Rédigé à la demande de Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances, par cinq personnalités françaises et franco-africaines du monde politique et économique, Hubert Védrine, Lionel Zinsou, Tidjane Thiam, Jean-Michel Severino et Hakim El Karoui, ce rapport propose de bâtir un nouveau partenariat économique basé sur une relation d’affaires avec le continent africain, en particulier avec les pays au Sud du Sahara. Le rapport émet 15 propositions pour créer une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France, qui s’ancre dans un changement de perception et d’attitude de la France à l’égard de l’Afrique, des Africains et des Franco-africains et s’appuie sur la promotion d’intérêts économiques réciproques.
17. Le clientélisme-sujétion est la diplomatie faite de soumission et d’allégeance à une grande puissance. A l’opposé, il y a la diplomatie contestataire, celle qui dénonce les inégalités de l’ordre international et des politiques hégémoniques des grandes puissances. (Cf. Pierre D. Godé, La diplomatie africaine. Théorie et pratique,9 L’Harmattan, Paris, 2014, pp. 82 et 93)
18. Par honnêteté intellectuelle, il faut saluer les prises de position courageuses et permanentes de Jean-Luc Mélenchon et surtout du Parti communiste français (Pcf) dans le dossier ivoirien contre l’injustice qui est faite au président Laurent Gbagbo et au peuple ivoirien. Dans ce dossier, ils se sont clairement démarqués du Parti socialiste français. Le Pcf par exemple est resté constamment conforme avec ses statuts qui exprime son engagement politique dont la raison d’être est de « promouvoir la pleine autonomie et le plein épanouissement de chaque femme et de chaque homme en faisant reculer jusqu’à leur dépassement historique toutes les formes sociales d’exploitation, de domination et d’aliénation… ». C’est au nom de cet idéal, que le Pcf, régulièrement dénonce la dictature rampante du régime ouattarien en Côte d’Ivoire.
19. Laurent Gbagbo et François Mattei, Pour la vérité et la justice, Les Editions du Moment, Paris, 2014, p.169
20. Idem, p. 169.

( A suivre)

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