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AFRIKANEWS

FRANCE-COTE D’IVOIRE L’IMPOSSIBLE RECOLONISATION (2ème partie) LA FRANCE, UN POISON POUR L’AFRIQUE.

22 Mars 2016, 19:25pm

Publié par Mspdi Ubuntu

FRANCE-COTE D’IVOIRE  L’IMPOSSIBLE RECOLONISATION (2ème partie)  LA FRANCE, UN POISON POUR L’AFRIQUE.

FRANCE-COTE D’IVOIRE
L’IMPOSSIBLE RECOLONISATION
(2ème partie)

LA FRANCE, UN POISON POUR L’AFRIQUE.

Pourquoi la France est-elle la seule nation en Europe à avoir et à entretenir encore, anachroniquement, en ce XXIe siècle, un empire colonial en Afrique ? Pourquoi n’arrive-t-elle pas à se défaire de son carré africain malgré les proclamations des indépendances des Etats de l’Afrique francophone ? Pourquoi n’arrive-t-elle pas à faire sa mue pour devenir une grande puissance sans arrimer à elle des colonies ?
Réponse : La France veut qu’on la considère comme une grande puissance. Or, son économie est de loin inférieure à celle de l’Etat de Californie aux Etats-Unis. Conclusion, sans l’Afrique, la France deviendrait une puissance de troisième rang. C’est une vérité admise et largement partagée désormais par tous les Français. Au sein de l’Union européenne, elle serait derrière la Grèce, l’Italie et l’Espagne et sa voix ne serait plus audible à l’Onu. La France tient tête à l’Allemagne et peut faire passer ses vues grâce au poids économique que représente son empire colonial africain constitué de quinze Etats aux ressources minières, énergétiques et agricoles importantes qu’elle contrôle.

1. La colonie, une nécessité pour le rayonnement français dans le monde.

Or donc, aussi loin qu’on puisse remonter dans le temps, il est avéré que ce pays, la France, s’est toujours voulu incontournable sur les questions touchant à toute l’Europe par la qualité certes, de sa politique extérieure à la fois exigeante et subtile , voire de sa diplomatie, en s’appuyant sur ses pensées philosophiques, son art, son architecture, mais aussi et surtout sur son économie florissante. Sous l’Ancien Régime déjà, les rois absolutistes, grâce aux immenses trésors accumulés par le commerce à longue distance, ont pu insuffler le rayonnement de la France, ce qui a provoqué bien de convoitises chez leurs voisins. La colonie apparut très tôt pour ces souverains, comme une nécessité car, source de puissance économique et militaire et l’expansion coloniale fut la raison des inventions techniques et technologiques des XVe et XVIe siècles notamment la boussole, la caravelle dotée de gouvernail et de voiles carrés, et surtout la poudre à canon dont ils s’en serviront avantageusement pour la domination des mers, des contrées et des peuples lointaines.
En France, Colbert, ministre de Louis XIV, Contrôleur général des Finances, qui inaugura le mercantilisme ou capitalisme commercial, système économique fondant la richesse des Etats sur l’accumulation des réserves en or et en argent, fut le premier à comprendre « qu’il n’y a rien de plus nécessaire dans un Etat que le commerce. C’est lui qui le rend florissant… » (1). Aussi estima-t-il qu’il était indispensable d’avoir des colonies afin d’assurer des débouchés à l’industrie manufacturière française. Pour réaliser ce projet, il dut créer des compagnies de commerce, réorganiser et perfectionner la marine marchande et fit fonder plusieurs comptoirs sur les côtes atlantiques.
Lorsque la Révolution de 1789 mit fin au Régime absolutiste et proclama la République des Droits de l’Homme et du Citoyen, de nombreux Républicains seront unis aux Royalistes qui survécurent, sur la nécessité pour la France d’avoir toujours des colonies. Victor Hugo, en 1841, en hommage au général Bugeaud qui venait d’être nommé gouverneur général de l’Algérie tint les propos suivants qui révélaient son admiration pour une France coloniale :
« Notre nouvelle conquête est chose heureuse et grande. C’est la civilisation qui marche contre la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Notre mission s’accomplit, je ne chante qu’hosanna ». (2)
A sa suite, Jules Ferry, se montra particulièrement actif pour pousser son pays dans l’aventure coloniale sous la IIIe République en invoquant d’abord la mission colonisatrice de la France, celle de civiliser les races qu’il considérait comme inférieures ou sauvages et donc par devoir, son pays devait leur apporter les bienfaits du progrès ; ensuite, en exaltant la grandeur de la nation : l’empire colonial était pour lui, un signe de puissance et un motif de fierté en même temps qu’il réglait la question des débouchés.
« La France ne veut pas être seulement un pays libre, mais un grand pays, exerçant son influence sur les destinées du monde et répandant, partout où il peut le porter, ses mœurs, sa langue, ses armes, son drapeau, son génie », soutint-il, dans son discours devant la Chambre des députés, le 28 juillet 1885 (3).
Ce patriotisme que Ferry mit en faveur de la politique, au-début rejeté par la France qui supportait difficilement sa défaite de sa guerre contre l’Allemagne en 1870, fut à partir de la dernière décennie du XIXe siècle remis au goût du jour. La France devint championne en Europe dans l’expansion coloniale face à l’Angleterre qui l’avait distancée jusque-là. L’engouement qui a pu gagner les Français engagés dans l’aventure coloniale, a pu faire dire : « être Français, c’est être colonial » (4).
Cet engouement s’est poursuivi au cours de la première moitié du XXe siècle, et la nécessité de posséder des colonies fut partagée par de nombreux hommes d’affaires et toute la classe politique. Ainsi, le socialiste Marius Moutet, président de la Ligue des droits de l’Homme devenu ministre du Front populaire des Colonies qui manifesta une ferme opposition à l’accession des indigènes à la citoyenneté au Parlement. Il vit, en effet, dans la colonie, l’enrichissement rapide de la France par le travail des colonisés qu’il jugeait lui aussi, de « race inférieure » (5). Qu’importe les morts ou autres massacres des colonisés sous le régime des travaux forcés, qui ployaient en longueurs de journées de labeur sous la douleur des matraques et des chicottes, la canicule suffocante et l’irritation des temps pluvieux, affamés et sans moments de répit ! Moutet avait plié et caché dans ses vestons, ses dépliants et autres réclames de défense des droits humains lorsqu’il s’agissait des peuple hors de France.
C’est que pour les Français, la colonie étant conçue à l’origine comme une source de richesses tous azimuts et de grandeur de la Métropole, il n’était pas nullement question d’y faire prospérer les acquis de la révolution de 1789, à savoir la liberté, la justice, le respect de la personne humaine et par extension l’égalité entre les peuples et les races. Cette approche de la colonie et son apport à la Métropole n’a pas beaucoup varié de nos jours. Même si l’on a noté quelques améliorations sous la IVe République au niveau du sujet colonisé qui est finalement passé de la qualité dépréciée d’indigène à celui de citoyen en 1946 (Loi Lamine Gueye du 25 avril 1946), des territoires d’outre-mer devenus membres de l’Union française en 1946 et de la Communauté franco-africaine en 1958 avant d’accéder à l’indépendance en 1960, la mise en valeur de ces colonies s’est toujours accompagnée de violences et de massacres (6) . Ceux-ci ont continué jusque sous la Ve République en cours.

2. Le statut d’exception coloniale contre le droit des peuples hors de France.

Au départ de l’expansion coloniale en France du XIXe siècle, les défenseurs de la politique coloniale avaient beaucoup insisté sur le caractère philanthropique, voire sur la mission civilisatrice de la colonisation. La France voulait se distinguer de l’Angleterre qui, disait-on, ne cherchait qu’à « exploiter, conquérir (et à) mépriser les peuples qu’elle soumet ».(7) Mais au contact des peuples hors d’Europe, cette vision de la colonisation apparut comme un vœu pieux. Les chefs d’Etat et de gouvernement français ont évoqué très tôt le statut d’exception coloniale pour aller contre le droit des peuples hors de France. Selon ce statut, les territoires d’outre-mer sous contrôle de la France sont en marge des idéaux de la République, c’est-à-dire les habitants de ces contrées lointaines ne peuvent bénéficier des mêmes droits que ceux reconnus aux citoyens de la Métropole. Ce statut d’exception coloniale permit aux coloniaux de pratiquer une politique de ségrégation contre les colonisés.
Le premier à pratiquer ce statut d’exception coloniale fut Napoléon Bonaparte bien avant que la France soit reconnue comme une nation coloniale. Bonaparte, au nom de ce statut rétablit en 1804 l’esclavage abolit en 1794 dans les colonies françaises. C’est au nom de ce statut que des corps expéditionnaires ont été dépêchés dans les colonies sous le commandement de généraux de l’armée française pour mater les révoltes des noirs ou combattre les chefs africains à la tête de royaumes ou d’empires structurés qui se sont opposés à la pénétration coloniale. Ainsi, Toussaint Louverture, premier chef d’Etat noir d’Haïti, qui prit la tête d’une révolte populaire contre les planteurs blancs de Saint Domingue pour réclamer l’application des principes et droits de la Révolution française, fut écrasé par le général Leclerc, beau-frère de Bonaparte. Fait prisonnier, Toussaint Louverture fut déporté en France en juin 1802 avec sa famille où il mourut dans un cachot du fort Joux le 7 avril 1803.
Suite au partage de l’Afrique au Congrès de Berlin, de nombreux corps expéditionnaires parcoururent tout le continent noir, de la Méditerranée au Cap de Bonne Espérance, du Cap vert à Djibouti, en Afrique occidentale et centrale pour imposer la volonté des colons soutenus par les hommes politiques. Au nom du statut d’exception coloniale, de nombreux chefs locaux comme Lat-Dior, roi du Cayor, El Hadj Omar Tall le Toucouleur, son fils Ahmadou, le Mandingue Samory Touré , le roi Guezo d’Abomey, Glélé et Gbéhanzin du Danxomè etc., ont été soumis par les armes, leurs Etats détruits et fondus dans des ensembles plus grands. Tous étaient considérés par le colonisateur, comme l’a bien noté Pierre Guillaume, non pas comme des adversaires dignes de ce nom, mais comme des malfaiteurs ou au mieux, comme des sauvages contre qui, l’on exprimait « la nécessité d’imposer la paix européenne ».(8) Certains d’entre eux ont été faits prisonniers et honteusement déportés (9). Tandis que de nombreux officiers de l’armée coloniale française, au cours des campagnes africaines, se sont fait un nom et sont considérés encore de nos jours, comme des héros qu’on célèbre dans les annales de l’histoire française. Ainsi les généraux Archinard, Bugeaud, Faidherbe, Gallieni, Gouraud, Lyautey, Marchand, Valée, etc. C’est au nom enfin de ce statut d’exception coloniale que la IVe République s’engagea dans des guerres coloniales en Indochine, en Algérie et au Cameroun (10).

3. Le maintien de la politique coloniale :
un poison pour les Etats africains indépendant

Lorsque, après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la France en sortit profondément affaiblie militairement et économiquement, contrainte par la propagande anticolonialiste des Etats-Unis, de l’Urss et de l’Onu, des églises chrétiennes, de plusieurs groupes de pression, des mouvements de décolonisation qui s’exprimaient farouchement dans des conférences internationales comme celle de Bandoeng en 1955, du panafricanisme inspiré par le Ghanéen Francis Kwamé Nkrumah dans les colonies de langue anglaise, et tirant surtout les conséquences de son humiliation dans sa guerre coloniale en Indochine (1947-1954) et de ses difficultés à maîtriser les nationalismes marocain du Sultan Sidi Mohammed (11) et algérien (12) excités et encouragés par les Etats-Unis et l’Onu, d’une part, et soutenus par la Ligue arabe d’autre part, elle se vit dans l’obligation d’octroyer l’indépendance à ses colonies. C’est donc, contre son gré, que la France, sous de Gaulle, accorda l’indépendance aux colonies d’Afrique dont la plupart n’y était pas préparée.(13) Mais cette indépendance aux Etats noirs d’Afrique francophone, pour ne pas laisser orphelins les leaders africains très francophiles, tel que, Houphouët-Boigny, qui ne voulaient pas couper le cordon ombilical qui les liait à la France, fut assortie d’accords de coopération qui « intéressent le domaine politique (accords diplomatiques et militaires), le domaine culturel, le domaine économique (rapports monétaires, aide financière, rapports commerciaux), le domaine technique (assistance technique en personnel, coordination des transports et communications, domaine et fiscalité), le domaine judiciaire et la condition des personnes (conventions d’établissement) » (14), pour les maintenir dans le giron français et en même temps les soumettre aux injonctions de la France pour orienter leur destin. Aussi, au regard de ces accords, peut-on dire, que les indépendances des Etats d’Afrique francophone ne résonnèrent pas comme une rupture mais plutôt comme des indépendances assistées. Par ces accords, la France a lié et mis sous contrôle le destin des Africains. Elle s’est donnée la mission « philanthropique », - on dit aujourd’hui mission humanitaire -, de prendre en charge leur devenir de sorte que les Africains qu’on dit indépendants, ne peuvent pas, - disons plus exactement n’ont pas la liberté de réfléchir à leur propre avenir, à bâtir harmonieusement leur développement suivant leurs cultures -, se gouverner par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Ces accords sont des mécanismes bien pensés pour mettre les indépendances africaines sous cale.
Cette volonté maladive chez les Français, depuis le XIXe siècle, de vouloir regarder les Africains uniquement dans le prisme de la colonie, est devenue corrosive. Elle est en définitive, un véritable poison qui ronge depuis des lustres l’Afrique dans toutes ses parties intimes et dans ses articulations. Ce poison a gangréné le corps social, corrompu les mentalités, handicapé les efforts de création et d’autosuffisance. Il neutralise ce continent et transforme ses populations en zombis téléguidés depuis les bords de la Seine, pour permettre à la France de continuer à maintenir sa mainmise sur son empire et tirer profit toujours abusivement de ses richesses. Malgré les indépendances ! Comme aux temps bénis des colonies ! Ainsi que l’a si bien chanté Michel Sardou, musicien français qui se délecte des bienfaits de la colonie dans son tube intitulé Le temps des Colonies (15).
Pourquoi alors s’étonner que les Etats africains n’arrivent pas à prendre seuls leur envol depuis les Indépendances ? Comment s’étonner qu’ils soient le théâtre d’instabilités politiques, de guerres tribales et de conflits interreligieux, minés qu’ils sont à l’intérieur par de nombreux problèmes de société sécrétés par les modèles de développement importés et imposés par la France ? Comment l’Afrique peut-il se développer si on ne le laisse pas penser librement son développement ? Comment un continent aussi riche comme l’Afrique, peut-il avoir une population si pauvre, la plus pauvre de la planète ?
René Dumont, relevant tous les handicaps qui contraignaient son plein épanouissement, a pu dire non seulement en 1962, que l’Afrique noire était mal partie (16) dans son ensemble mais en 1980, il revint soutenir avec Mottin, que certains Etats de cette Afrique étaient même étranglés (17) à cause des mauvais choix de politiques de développement dans un environnement qui baigne quotidiennement dans les maladies endémiques, la malnutrition, la corruption, les guerres tribales, etc. Jean Ziegler pense lui, que la situation de continent attardé dans laquelle se trouve l’Afrique s’explique plutôt par le fait qu’il subit trop la domination des oligarchies du capitalisme hégémonique (18). A l’en croire, tout semble mis en œuvre, à l’analyse des nombreuses politiques préconisées de l’extérieur, principalement des institutions de Bretton Woods, toutes au service du capitalisme et de l’impérialisme occidental, pour assurer son devenir, qu’il y a une sorte d’exclusion programmée du développement par les puissances hégémoniques et particulièrement la France. Cela est si vraisemblable qu’aujourd’hui encore, malgré tous les ajustements structurels imposés à nos Etats depuis 1980, et la mise en place d’institutions financières issues du Plan d’action de Lagos remplacé dix ans plus tard par le Nepad, pour soutenir « les développements endogènes autocentrés et autoentretenus »(19) rien n’a changé véritablement. L’Afrique reste structurellement toujours pauvre et certains observateurs dits spécialistes de notre continent comme le négrophobe Stephen Smith (20), n’hésitent pas à imputer cette pauvreté aux Africains eux-mêmes dans la gestion de leurs Etats. La vérité est que les Occidentaux et particulièrement les Français, ne tiennent pas à voir l’Afrique se réveiller et se développer comme la Chine pour leur faire concurrence. L’Afrique, continent très riche, est une chance plus pour la France, que pour les Africains eux-mêmes. L’Afrique doit demeurer un vaste espace colonial pour la survie économique de la France et pour son rayonnement dans le monde. Aussi, contrairement à ce que soutient Stephen Smith qui pense que l’Afrique se meurt ou se suicide par la faute des Africains eux-mêmes, de leur incapacité à penser et à créer pour provoquer leur décollage économique, faut-il répondre sans bégayer que l’Afrique est chaque jour assassiné par le poison que lui a inculqué la France à travers son assistance obligée. Malgré les indépendances, la France a a su conserver la colonisation à travers un nouveau système de dépendance bien réfléchi, il faut le reconnaître - comme nous l’avons vu plus haut -, celui des accords de coopération, pour maintenir ce continent dans un état de faiblesse et d’assujettissement pour pouvoir mieux le piller (21). Très tôt, en effet, s’étant rendu compte de la mentalité chez les Africains à donner la primauté à l’étranger, les Occidentaux et surtout les Français ont utilisé cette ouverture d’esprit vers l’étranger assimilée à une faiblesse pour « apprivoiser » les peuples d’Afrique. Depuis les premiers contacts entre Européens et Africains, il y eut une sorte de méprise dans le désir des premiers à se faire accueillir pacifiquement par les seconds qui ont un sens élevé de la cordialité et de l’amitié. Mais hélas ! Les Blancs n’ont mis pied à terre, note Bernard B. Dadié, parlant de l’exemple de la Côte d’Ivoire, que pour « mieux préparer les guerres de conquête à venir» (22).
A l’époque postcoloniale, les rapports de la France avec ses anciennes colonies continuent de s’émailler de duperies et de violences contre les peuples et leurs leaders qui cherchent à se défaire de la tutelle française. Pour rassurer les milieux d’affaires et rendre compétitive l’économie française, les chefs d’Etat de France depuis de Gaulle, n’hésitent pas à marginaliser les souverainetés des Etats africains indépendants et de s’ingérer brutalement, au nom d’une nouvelle sémantique, l’ingérence humanitaire, dans leurs affaires intérieures. Pour ce faire, des peuples entiers ont été brimés, torturés et massacrés en Algérie, au Rwanda et en Côte d’Ivoire, des régimes politiques ont été défaits, leurs leaders déposés (Ben Ali en Tunisie), lâchement abattus (Um Nyobe au Cameroun, Sankara au Burkina Faso et Kadhafi en Libye), emprisonnés et déportés (Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en Côte d’Ivoire). Aujourd’hui, il n’existe pas d’Etat africain quoiqu’indépendant, dans l’espace francophone, qui ne subit pas la force et l’arbitraire de la France. Et cela sous le silence coupable et assourdissant de tous, des politiques, des organisations de défense des droits de l’homme, des églises, des hommes de média et des universitaires dans le monde. Il est bien loin le temps des Zola, des Clémenceau, des Anatole France, des Sartre… qui dénonçaient les injustices et les crimes d’Etat. C’est que chez la grande majorité des intellectuels français, surtout les universitaires et les journalistes actuels, l’on note que « la colonisation apparaît comme un épiphénomène – parfois digne d’une note de bas de page ou d’un sous-chapitre dans un ouvrage collectif – une entreprise lointaine, teintée d’exotisme ou de rapacité selon les approches, mais en tout cas extérieur à l’histoire de France. Donc secondaire »(23). Lorsqu’ils daignent parler de notre continent soumis à l’exploitation coloniale de leur pays, c’est pour le juger sévèrement comme l’a fait Stephen Smith dont le livre Négrologie « n’a suscité aucune critique négative dans la presse française… ». Tout simplement parce que son « discours apocalyptique et méprisant est en phase avec ce que la société française a envie d’entendre sur l’Afrique » (24)
La France, pays de la Révolution et de la République, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, pays qui a subi dans sa chair et dans son esprit les tribulations, humiliations, et surtout les tueries massives des deux guerres mondiales provoquées par les extrémismes politiques et idéologiques, surtout le totalitarisme nazi, au lieu d’être porteuse d’une nouvelle espérance, dans la paix et la concorde, à tous les peuples de la terre, au contraire, elle se fait missionnaire du désordre, des déstabilisations et de la mort en masse. La France, sous nos yeux, se rends coupable de forfaits pires que ceux qui ont marqué le totalitarisme hitlérien. Comme elle l’a montré en Côte d’Ivoire sous Chirac et Sarkozy. Comme elle le perpétue au Mali et en Centrafrique et bientôt au Congo et au Bénin sous Hollande.

Lazare KOFFI KOFFI.

Notes
1. Extrait du Testament politique de Messire Jean-Baptiste Colbert, à La Haye, chez Isaac Mens Heck, 1689, p. 402
2. N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, La République coloniale. Essai sur une utopie. Albin Michel, Paris, 2003, p. 24
3. Idem, p. 86
4.Ibidem.
5. Moutet avait soutenu au Parlement parlant des droits à accorder aux Noirs des colonies françaises qui aspiraient à être reconnus comme citoyens français : « Si l’on veut faire œuvre pratique, il faut décidément renoncer à l’unité mystique des êtres humains qui pourraient indifféremment recevoir les mêmes lois et s’y adapter ».(Cité par N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, op. cit. p. 24
6. Cf. à ce propos le livre d’Y. Benot, Massacres coloniaux, La Découverte, Paris, 2001
7. N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, op. cit. p. 86
8. Pierre Guillaume, Le monde colonial, XIXe-XXe siècle, Armand Colin, Coll. U, Paris, 1974, p.114
9. Ainsi :
- Gbéhanzin, roi du Danxomè (Dahomey) est déporté en 1894 en Martinique puis en Algérie où il meurt en 1906.
- Samory Touré, empereur du Mandingue est déporté au Gabon en 1898 où il meurt en 1900.
- Kadjo Amangoua, chef d’Etat-major abouré est déporté au Gabon en 1894 où il meurt en 1910.
- Zokou Gbeuli, chef guerrier de la région de Daloa est déporté en 1907 à Zuénoula où il meurt en1912.
- Rainilaiarivony, Premier ministre malgache, époux de trois reines, fait prisonnier, est interné dans sa résidence de campagne avant d’être exilé en Algérie le 6 février 1896.
La France n’est pas le seul pays européen à s’adonner à cette pratique contre les chefs africains. Les Anglais comme les Belges et les Allemands aussi dans leurs colonies ont eu à sévir lourdement soit en déportant les chefs soit en assassinant massivement les peuples. Pour les déportations, on peut citer les cas de Kakou Aka, roi nzema d’Appolonie déporté par les Anglais en 1848 en Angleterre où il meurt pendu en 1852 et surtout de Kwaku Dwa III dit Prempeh (le gros), fut arrêté par les Anglais et déporté en Sierra Leone puis aux Iles Seychelles en 1896. On notera aussi les massacres.
10. N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, op. cit. p. 31
11. Le sultan Sidi Mohammed fut encouragé et soutenu par le président américain Franklin D. Roosevelt. Il fut le premier à réclamer l’indépendance du Maroc. La France, après avoir entamé des négociations avec ce dernier, essaya de briser son élan en le déposant et en le forçant à l’exil en 1953. Mais face au développement de la guérilla urbaine, la France dut le rappeler deux ans plus tard et le Maroc fut indépendant en 1956. Le sultan prendra le titre de roi en 1957 sous le nom de Mohammed V.
12. Le nationalisme algérien fut l’œuvre d’abord de Ferhat Abbas puis de Messali Hadj. La guerre d’indépendance de l’Algérie dura entre 1954 et 1962.
13. Lamine Gueye ne disait-il pas, pour exprimer le refus des leaders africains de l’indépendance : « Nous pourrons tout par la France, tout par la République, jamais rien sans la France, jamais rien sans la République » ? (Cité par Elikia M’Bokolo, L’Afrique au XXesiècle. Le continent convoité, Seuil, Paris, 1985, p.147
14. François Luchaire, Droit d’outre-mer et de coopération, Puf, Paris, 1966, p. 535
15. Le Temps Des Colonies en voici un extrait :
Moi monsieur j'ai fait la colo
Dakar Conakry Bamako
Moi monsieur j'ai eu la belle vie
Au temps béni des colonies
Les guerriers m'appelaient Grand Chef
Au temps glorieux de l'A.O.F.
J'avais des ficelles au képi
Au temps béni des colonies

On pense encore à toi oh Bwana
Dis-nous ce que t'as pas on en a
Y'a pas d'café pas de coton pas d'essence
En France mais des idées ça on en a
Nous on pense
On pense encore à toi oh Bwana.

Dis-nous ce que t'as pas nous on en a
Pour moi monsieur rien n'égalait
Les tirailleurs Sénégalais
Qui mouraient tous pour la patrie
Au temps béni des colonies
Autrefois à Colomb-Béchar
J'avais plein de serviteurs noirs
Et quatre filles dans mon lit
Au temps béni des colonies

Moi monsieur j'ai tué des panthères
A Tombouctou sur le Niger
Et des hippos dans l'Oubangui
Au temps béni des colonies
Entre le gin et le tennis
Les réceptions et le pastis
Au temps béni des colonies
16. René Dumont, L’Afrique noire est mal partie, Seuil, Paris, 1962.
17. René Dumont et M-F. Mottin, L’Afrique étranglée. Zambie, Tanzanie, Sénégal, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Cap Vert, Seuil, Paris, 1969
18. Jean Ziegler, Main basse sur l’Afrique, Seuil, Paris, 1978.
19. Pierre Dagbo Godé, La diplomatie africaine. Théorie et pratique, L’Harmattan, Paris, 2014, p. 61
20. Stephen Smith, alors rédacteur en chef au journal Le Monde a écrit un livre insultant à la mémoire collective des Africains dans lequel il dit entre autre que « l’Afrique est un paradis naturel de la cruauté… Des Africains se massacrent en masse, voire… ils se « bouffent » entre eux et sont habités par un refus d’entrer dans la modernité etc. ». Cf. Stephen Smith, Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Calman-Lévy, Paris, 2003
21. Odile Tobner, « Peau noire, discours blanc » in Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier Verschave, Négrophobie, Les Arènes, Paris, 2005, p.18.
22. Bernard B. Dadié, Cailloux blancs, Ceda/Nei, Abidjan, 2004, p. 113
23. N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, op. cit. p. 23.
24. Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier Verschave, Négrophobie, Les Arènes, Paris, 2005, p. 199

(à suivre)

Pourquoi la France est-elle la seule nation en Europe à avoir et à entretenir encore, anachroniquement, en ce XXIe siècle, un empire colonial en Afrique ? Pourquoi n’arrive-t-elle pas à se défaire de son carré africain malgré les proclamations des indépendances des Etats de l’Afrique francophone ? Pourquoi n’arrive-t-elle pas à faire sa mue pour devenir une grande puissance sans arrimer à elle des colonies ?
Réponse : La France veut qu’on la considère comme une grande puissance. Or, son économie est de loin inférieure à celle de l’Etat de Californie aux Etats-Unis. Conclusion, sans l’Afrique, la France deviendrait une puissance de troisième rang. C’est une vérité admise et largement partagée désormais par tous les Français. Au sein de l’Union européenne, elle serait derrière la Grèce, l’Italie et l’Espagne et sa voix ne serait plus audible à l’Onu. La France tient tête à l’Allemagne et peut faire passer ses vues grâce au poids économique que représente son empire colonial africain constitué de quinze Etats aux ressources minières, énergétiques et agricoles importantes qu’elle contrôle.

1. La colonie, une nécessité pour le rayonnement français dans le monde.

Or donc, aussi loin qu’on puisse remonter dans le temps, il est avéré que ce pays, la France, s’est toujours voulu incontournable sur les questions touchant à toute l’Europe par la qualité certes, de sa politique extérieure à la fois exigeante et subtile , voire de sa diplomatie, en s’appuyant sur ses pensées philosophiques, son art, son architecture, mais aussi et surtout sur son économie florissante. Sous l’Ancien Régime déjà, les rois absolutistes, grâce aux immenses trésors accumulés par le commerce à longue distance, ont pu insuffler le rayonnement de la France, ce qui a provoqué bien de convoitises chez leurs voisins. La colonie apparut très tôt pour ces souverains, comme une nécessité car, source de puissance économique et militaire et l’expansion coloniale fut la raison des inventions techniques et technologiques des XVe et XVIe siècles notamment la boussole, la caravelle dotée de gouvernail et de voiles carrés, et surtout la poudre à canon dont ils s’en serviront avantageusement pour la domination des mers, des contrées et des peuples lointaines.
En France, Colbert, ministre de Louis XIV, Contrôleur général des Finances, qui inaugura le mercantilisme ou capitalisme commercial, système économique fondant la richesse des Etats sur l’accumulation des réserves en or et en argent, fut le premier à comprendre « qu’il n’y a rien de plus nécessaire dans un Etat que le commerce. C’est lui qui le rend florissant… » (1). Aussi estima-t-il qu’il était indispensable d’avoir des colonies afin d’assurer des débouchés à l’industrie manufacturière française. Pour réaliser ce projet, il dut créer des compagnies de commerce, réorganiser et perfectionner la marine marchande et fit fonder plusieurs comptoirs sur les côtes atlantiques.
Lorsque la Révolution de 1789 mit fin au Régime absolutiste et proclama la République des Droits de l’Homme et du Citoyen, de nombreux Républicains seront unis aux Royalistes qui survécurent, sur la nécessité pour la France d’avoir toujours des colonies. Victor Hugo, en 1841, en hommage au général Bugeaud qui venait d’être nommé gouverneur général de l’Algérie tint les propos suivants qui révélaient son admiration pour une France coloniale :
« Notre nouvelle conquête est chose heureuse et grande. C’est la civilisation qui marche contre la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Notre mission s’accomplit, je ne chante qu’hosanna ». (2)
A sa suite, Jules Ferry, se montra particulièrement actif pour pousser son pays dans l’aventure coloniale sous la IIIe République en invoquant d’abord la mission colonisatrice de la France, celle de civiliser les races qu’il considérait comme inférieures ou sauvages et donc par devoir, son pays devait leur apporter les bienfaits du progrès ; ensuite, en exaltant la grandeur de la nation : l’empire colonial était pour lui, un signe de puissance et un motif de fierté en même temps qu’il réglait la question des débouchés.
« La France ne veut pas être seulement un pays libre, mais un grand pays, exerçant son influence sur les destinées du monde et répandant, partout où il peut le porter, ses mœurs, sa langue, ses armes, son drapeau, son génie », soutint-il, dans son discours devant la Chambre des députés, le 28 juillet 1885 (3).
Ce patriotisme que Ferry mit en faveur de la politique, au-début rejeté par la France qui supportait difficilement sa défaite de sa guerre contre l’Allemagne en 1870, fut à partir de la dernière décennie du XIXe siècle remis au goût du jour. La France devint championne en Europe dans l’expansion coloniale face à l’Angleterre qui l’avait distancée jusque-là. L’engouement qui a pu gagner les Français engagés dans l’aventure coloniale, a pu faire dire : « être Français, c’est être colonial » (4).
Cet engouement s’est poursuivi au cours de la première moitié du XXe siècle, et la nécessité de posséder des colonies fut partagée par de nombreux hommes d’affaires et toute la classe politique. Ainsi, le socialiste Marius Moutet, président de la Ligue des droits de l’Homme devenu ministre du Front populaire des Colonies qui manifesta une ferme opposition à l’accession des indigènes à la citoyenneté au Parlement. Il vit, en effet, dans la colonie, l’enrichissement rapide de la France par le travail des colonisés qu’il jugeait lui aussi, de « race inférieure » (5). Qu’importe les morts ou autres massacres des colonisés sous le régime des travaux forcés, qui ployaient en longueurs de journées de labeur sous la douleur des matraques et des chicottes, la canicule suffocante et l’irritation des temps pluvieux, affamés et sans moments de répit ! Moutet avait plié et caché dans ses vestons, ses dépliants et autres réclames de défense des droits humains lorsqu’il s’agissait des peuple hors de France.
C’est que pour les Français, la colonie étant conçue à l’origine comme une source de richesses tous azimuts et de grandeur de la Métropole, il n’était pas nullement question d’y faire prospérer les acquis de la révolution de 1789, à savoir la liberté, la justice, le respect de la personne humaine et par extension l’égalité entre les peuples et les races. Cette approche de la colonie et son apport à la Métropole n’a pas beaucoup varié de nos jours. Même si l’on a noté quelques améliorations sous la IVe République au niveau du sujet colonisé qui est finalement passé de la qualité dépréciée d’indigène à celui de citoyen en 1946 (Loi Lamine Gueye du 25 avril 1946), des territoires d’outre-mer devenus membres de l’Union française en 1946 et de la Communauté franco-africaine en 1958 avant d’accéder à l’indépendance en 1960, la mise en valeur de ces colonies s’est toujours accompagnée de violences et de massacres (6) . Ceux-ci ont continué jusque sous la Ve République en cours.

2. Le statut d’exception coloniale contre le droit des peuples hors de France.

Au départ de l’expansion coloniale en France du XIXe siècle, les défenseurs de la politique coloniale avaient beaucoup insisté sur le caractère philanthropique, voire sur la mission civilisatrice de la colonisation. La France voulait se distinguer de l’Angleterre qui, disait-on, ne cherchait qu’à « exploiter, conquérir (et à) mépriser les peuples qu’elle soumet ».(7) Mais au contact des peuples hors d’Europe, cette vision de la colonisation apparut comme un vœu pieux. Les chefs d’Etat et de gouvernement français ont évoqué très tôt le statut d’exception coloniale pour aller contre le droit des peuples hors de France. Selon ce statut, les territoires d’outre-mer sous contrôle de la France sont en marge des idéaux de la République, c’est-à-dire les habitants de ces contrées lointaines ne peuvent bénéficier des mêmes droits que ceux reconnus aux citoyens de la Métropole. Ce statut d’exception coloniale permit aux coloniaux de pratiquer une politique de ségrégation contre les colonisés.
Le premier à pratiquer ce statut d’exception coloniale fut Napoléon Bonaparte bien avant que la France soit reconnue comme une nation coloniale. Bonaparte, au nom de ce statut rétablit en 1804 l’esclavage abolit en 1794 dans les colonies françaises. C’est au nom de ce statut que des corps expéditionnaires ont été dépêchés dans les colonies sous le commandement de généraux de l’armée française pour mater les révoltes des noirs ou combattre les chefs africains à la tête de royaumes ou d’empires structurés qui se sont opposés à la pénétration coloniale. Ainsi, Toussaint Louverture, premier chef d’Etat noir d’Haïti, qui prit la tête d’une révolte populaire contre les planteurs blancs de Saint Domingue pour réclamer l’application des principes et droits de la Révolution française, fut écrasé par le général Leclerc, beau-frère de Bonaparte. Fait prisonnier, Toussaint Louverture fut déporté en France en juin 1802 avec sa famille où il mourut dans un cachot du fort Joux le 7 avril 1803.
Suite au partage de l’Afrique au Congrès de Berlin, de nombreux corps expéditionnaires parcoururent tout le continent noir, de la Méditerranée au Cap de Bonne Espérance, du Cap vert à Djibouti, en Afrique occidentale et centrale pour imposer la volonté des colons soutenus par les hommes politiques. Au nom du statut d’exception coloniale, de nombreux chefs locaux comme Lat-Dior, roi du Cayor, El Hadj Omar Tall le Toucouleur, son fils Ahmadou, le Mandingue Samory Touré , le roi Guezo d’Abomey, Glélé et Gbéhanzin du Danxomè etc., ont été soumis par les armes, leurs Etats détruits et fondus dans des ensembles plus grands. Tous étaient considérés par le colonisateur, comme l’a bien noté Pierre Guillaume, non pas comme des adversaires dignes de ce nom, mais comme des malfaiteurs ou au mieux, comme des sauvages contre qui, l’on exprimait « la nécessité d’imposer la paix européenne ».(8) Certains d’entre eux ont été faits prisonniers et honteusement déportés (9). Tandis que de nombreux officiers de l’armée coloniale française, au cours des campagnes africaines, se sont fait un nom et sont considérés encore de nos jours, comme des héros qu’on célèbre dans les annales de l’histoire française. Ainsi les généraux Archinard, Bugeaud, Faidherbe, Gallieni, Gouraud, Lyautey, Marchand, Valée, etc. C’est au nom enfin de ce statut d’exception coloniale que la IVe République s’engagea dans des guerres coloniales en Indochine, en Algérie et au Cameroun (10).

3. Le maintien de la politique coloniale :
un poison pour les Etats africains indépendant

Lorsque, après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la France en sortit profondément affaiblie militairement et économiquement, contrainte par la propagande anticolonialiste des Etats-Unis, de l’Urss et de l’Onu, des églises chrétiennes, de plusieurs groupes de pression, des mouvements de décolonisation qui s’exprimaient farouchement dans des conférences internationales comme celle de Bandoeng en 1955, du panafricanisme inspiré par le Ghanéen Francis Kwamé Nkrumah dans les colonies de langue anglaise, et tirant surtout les conséquences de son humiliation dans sa guerre coloniale en Indochine (1947-1954) et de ses difficultés à maîtriser les nationalismes marocain du Sultan Sidi Mohammed (11) et algérien (12) excités et encouragés par les Etats-Unis et l’Onu, d’une part, et soutenus par la Ligue arabe d’autre part, elle se vit dans l’obligation d’octroyer l’indépendance à ses colonies. C’est donc, contre son gré, que la France, sous de Gaulle, accorda l’indépendance aux colonies d’Afrique dont la plupart n’y était pas préparée.(13) Mais cette indépendance aux Etats noirs d’Afrique francophone, pour ne pas laisser orphelins les leaders africains très francophiles, tel que, Houphouët-Boigny, qui ne voulaient pas couper le cordon ombilical qui les liait à la France, fut assortie d’accords de coopération qui « intéressent le domaine politique (accords diplomatiques et militaires), le domaine culturel, le domaine économique (rapports monétaires, aide financière, rapports commerciaux), le domaine technique (assistance technique en personnel, coordination des transports et communications, domaine et fiscalité), le domaine judiciaire et la condition des personnes (conventions d’établissement) » (14), pour les maintenir dans le giron français et en même temps les soumettre aux injonctions de la France pour orienter leur destin. Aussi, au regard de ces accords, peut-on dire, que les indépendances des Etats d’Afrique francophone ne résonnèrent pas comme une rupture mais plutôt comme des indépendances assistées. Par ces accords, la France a lié et mis sous contrôle le destin des Africains. Elle s’est donnée la mission « philanthropique », - on dit aujourd’hui mission humanitaire -, de prendre en charge leur devenir de sorte que les Africains qu’on dit indépendants, ne peuvent pas, - disons plus exactement n’ont pas la liberté de réfléchir à leur propre avenir, à bâtir harmonieusement leur développement suivant leurs cultures -, se gouverner par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Ces accords sont des mécanismes bien pensés pour mettre les indépendances africaines sous cale.
Cette volonté maladive chez les Français, depuis le XIXe siècle, de vouloir regarder les Africains uniquement dans le prisme de la colonie, est devenue corrosive. Elle est en définitive, un véritable poison qui ronge depuis des lustres l’Afrique dans toutes ses parties intimes et dans ses articulations. Ce poison a gangréné le corps social, corrompu les mentalités, handicapé les efforts de création et d’autosuffisance. Il neutralise ce continent et transforme ses populations en zombis téléguidés depuis les bords de la Seine, pour permettre à la France de continuer à maintenir sa mainmise sur son empire et tirer profit toujours abusivement de ses richesses. Malgré les indépendances ! Comme aux temps bénis des colonies ! Ainsi que l’a si bien chanté Michel Sardou, musicien français qui se délecte des bienfaits de la colonie dans son tube intitulé Le temps des Colonies (15).
Pourquoi alors s’étonner que les Etats africains n’arrivent pas à prendre seuls leur envol depuis les Indépendances ? Comment s’étonner qu’ils soient le théâtre d’instabilités politiques, de guerres tribales et de conflits interreligieux, minés qu’ils sont à l’intérieur par de nombreux problèmes de société sécrétés par les modèles de développement importés et imposés par la France ? Comment l’Afrique peut-il se développer si on ne le laisse pas penser librement son développement ? Comment un continent aussi riche comme l’Afrique, peut-il avoir une population si pauvre, la plus pauvre de la planète ?
René Dumont, relevant tous les handicaps qui contraignaient son plein épanouissement, a pu dire non seulement en 1962, que l’Afrique noire était mal partie (16) dans son ensemble mais en 1980, il revint soutenir avec Mottin, que certains Etats de cette Afrique étaient même étranglés (17) à cause des mauvais choix de politiques de développement dans un environnement qui baigne quotidiennement dans les maladies endémiques, la malnutrition, la corruption, les guerres tribales, etc. Jean Ziegler pense lui, que la situation de continent attardé dans laquelle se trouve l’Afrique s’explique plutôt par le fait qu’il subit trop la domination des oligarchies du capitalisme hégémonique (18). A l’en croire, tout semble mis en œuvre, à l’analyse des nombreuses politiques préconisées de l’extérieur, principalement des institutions de Bretton Woods, toutes au service du capitalisme et de l’impérialisme occidental, pour assurer son devenir, qu’il y a une sorte d’exclusion programmée du développement par les puissances hégémoniques et particulièrement la France. Cela est si vraisemblable qu’aujourd’hui encore, malgré tous les ajustements structurels imposés à nos Etats depuis 1980, et la mise en place d’institutions financières issues du Plan d’action de Lagos remplacé dix ans plus tard par le Nepad, pour soutenir « les développements endogènes autocentrés et autoentretenus »(19) rien n’a changé véritablement. L’Afrique reste structurellement toujours pauvre et certains observateurs dits spécialistes de notre continent comme le négrophobe Stephen Smith (20), n’hésitent pas à imputer cette pauvreté aux Africains eux-mêmes dans la gestion de leurs Etats. La vérité est que les Occidentaux et particulièrement les Français, ne tiennent pas à voir l’Afrique se réveiller et se développer comme la Chine pour leur faire concurrence. L’Afrique, continent très riche, est une chance plus pour la France, que pour les Africains eux-mêmes. L’Afrique doit demeurer un vaste espace colonial pour la survie économique de la France et pour son rayonnement dans le monde. Aussi, contrairement à ce que soutient Stephen Smith qui pense que l’Afrique se meurt ou se suicide par la faute des Africains eux-mêmes, de leur incapacité à penser et à créer pour provoquer leur décollage économique, faut-il répondre sans bégayer que l’Afrique est chaque jour assassiné par le poison que lui a inculqué la France à travers son assistance obligée. Malgré les indépendances, la France a a su conserver la colonisation à travers un nouveau système de dépendance bien réfléchi, il faut le reconnaître - comme nous l’avons vu plus haut -, celui des accords de coopération, pour maintenir ce continent dans un état de faiblesse et d’assujettissement pour pouvoir mieux le piller (21). Très tôt, en effet, s’étant rendu compte de la mentalité chez les Africains à donner la primauté à l’étranger, les Occidentaux et surtout les Français ont utilisé cette ouverture d’esprit vers l’étranger assimilée à une faiblesse pour « apprivoiser » les peuples d’Afrique. Depuis les premiers contacts entre Européens et Africains, il y eut une sorte de méprise dans le désir des premiers à se faire accueillir pacifiquement par les seconds qui ont un sens élevé de la cordialité et de l’amitié. Mais hélas ! Les Blancs n’ont mis pied à terre, note Bernard B. Dadié, parlant de l’exemple de la Côte d’Ivoire, que pour « mieux préparer les guerres de conquête à venir» (22).
A l’époque postcoloniale, les rapports de la France avec ses anciennes colonies continuent de s’émailler de duperies et de violences contre les peuples et leurs leaders qui cherchent à se défaire de la tutelle française. Pour rassurer les milieux d’affaires et rendre compétitive l’économie française, les chefs d’Etat de France depuis de Gaulle, n’hésitent pas à marginaliser les souverainetés des Etats africains indépendants et de s’ingérer brutalement, au nom d’une nouvelle sémantique, l’ingérence humanitaire, dans leurs affaires intérieures. Pour ce faire, des peuples entiers ont été brimés, torturés et massacrés en Algérie, au Rwanda et en Côte d’Ivoire, des régimes politiques ont été défaits, leurs leaders déposés (Ben Ali en Tunisie), lâchement abattus (Um Nyobe au Cameroun, Sankara au Burkina Faso et Kadhafi en Libye), emprisonnés et déportés (Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en Côte d’Ivoire). Aujourd’hui, il n’existe pas d’Etat africain quoiqu’indépendant, dans l’espace francophone, qui ne subit pas la force et l’arbitraire de la France. Et cela sous le silence coupable et assourdissant de tous, des politiques, des organisations de défense des droits de l’homme, des églises, des hommes de média et des universitaires dans le monde. Il est bien loin le temps des Zola, des Clémenceau, des Anatole France, des Sartre… qui dénonçaient les injustices et les crimes d’Etat. C’est que chez la grande majorité des intellectuels français, surtout les universitaires et les journalistes actuels, l’on note que « la colonisation apparaît comme un épiphénomène – parfois digne d’une note de bas de page ou d’un sous-chapitre dans un ouvrage collectif – une entreprise lointaine, teintée d’exotisme ou de rapacité selon les approches, mais en tout cas extérieur à l’histoire de France. Donc secondaire »(23). Lorsqu’ils daignent parler de notre continent soumis à l’exploitation coloniale de leur pays, c’est pour le juger sévèrement comme l’a fait Stephen Smith dont le livre Négrologie « n’a suscité aucune critique négative dans la presse française… ». Tout simplement parce que son « discours apocalyptique et méprisant est en phase avec ce que la société française a envie d’entendre sur l’Afrique » (24)
La France, pays de la Révolution et de la République, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, pays qui a subi dans sa chair et dans son esprit les tribulations, humiliations, et surtout les tueries massives des deux guerres mondiales provoquées par les extrémismes politiques et idéologiques, surtout le totalitarisme nazi, au lieu d’être porteuse d’une nouvelle espérance, dans la paix et la concorde, à tous les peuples de la terre, au contraire, elle se fait missionnaire du désordre, des déstabilisations et de la mort en masse. La France, sous nos yeux, se rends coupable de forfaits pires que ceux qui ont marqué le totalitarisme hitlérien. Comme elle l’a montré en Côte d’Ivoire sous Chirac et Sarkozy. Comme elle le perpétue au Mali et en Centrafrique et bientôt au Congo et au Bénin sous Hollande.

Lazare KOFFI KOFFI.

Notes
1. Extrait du Testament politique de Messire Jean-Baptiste Colbert, à La Haye, chez Isaac Mens Heck, 1689, p. 402
2. N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, La République coloniale. Essai sur une utopie. Albin Michel, Paris, 2003, p. 24
3. Idem, p. 86
4.Ibidem.
5. Moutet avait soutenu au Parlement parlant des droits à accorder aux Noirs des colonies françaises qui aspiraient à être reconnus comme citoyens français : « Si l’on veut faire œuvre pratique, il faut décidément renoncer à l’unité mystique des êtres humains qui pourraient indifféremment recevoir les mêmes lois et s’y adapter ».(Cité par N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, op. cit. p. 24
6. Cf. à ce propos le livre d’Y. Benot, Massacres coloniaux, La Découverte, Paris, 2001
7. N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, op. cit. p. 86
8. Pierre Guillaume, Le monde colonial, XIXe-XXe siècle, Armand Colin, Coll. U, Paris, 1974, p.114
9. Ainsi :
- Gbéhanzin, roi du Danxomè (Dahomey) est déporté en 1894 en Martinique puis en Algérie où il meurt en 1906.
- Samory Touré, empereur du Mandingue est déporté au Gabon en 1898 où il meurt en 1900.
- Kadjo Amangoua, chef d’Etat-major abouré est déporté au Gabon en 1894 où il meurt en 1910.
- Zokou Gbeuli, chef guerrier de la région de Daloa est déporté en 1907 à Zuénoula où il meurt en1912.
- Rainilaiarivony, Premier ministre malgache, époux de trois reines, fait prisonnier, est interné dans sa résidence de campagne avant d’être exilé en Algérie le 6 février 1896.
La France n’est pas le seul pays européen à s’adonner à cette pratique contre les chefs africains. Les Anglais comme les Belges et les Allemands aussi dans leurs colonies ont eu à sévir lourdement soit en déportant les chefs soit en assassinant massivement les peuples. Pour les déportations, on peut citer les cas de Kakou Aka, roi nzema d’Appolonie déporté par les Anglais en 1848 en Angleterre où il meurt pendu en 1852 et surtout de Kwaku Dwa III dit Prempeh (le gros), fut arrêté par les Anglais et déporté en Sierra Leone puis aux Iles Seychelles en 1896. On notera aussi les massacres.
10. N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, op. cit. p. 31
11. Le sultan Sidi Mohammed fut encouragé et soutenu par le président américain Franklin D. Roosevelt. Il fut le premier à réclamer l’indépendance du Maroc. La France, après avoir entamé des négociations avec ce dernier, essaya de briser son élan en le déposant et en le forçant à l’exil en 1953. Mais face au développement de la guérilla urbaine, la France dut le rappeler deux ans plus tard et le Maroc fut indépendant en 1956. Le sultan prendra le titre de roi en 1957 sous le nom de Mohammed V.
12. Le nationalisme algérien fut l’œuvre d’abord de Ferhat Abbas puis de Messali Hadj. La guerre d’indépendance de l’Algérie dura entre 1954 et 1962.
13. Lamine Gueye ne disait-il pas, pour exprimer le refus des leaders africains de l’indépendance : « Nous pourrons tout par la France, tout par la République, jamais rien sans la France, jamais rien sans la République » ? (Cité par Elikia M’Bokolo, L’Afrique au XXesiècle. Le continent convoité, Seuil, Paris, 1985, p.147
14. François Luchaire, Droit d’outre-mer et de coopération, Puf, Paris, 1966, p. 535
15. Le Temps Des Colonies en voici un extrait :
Moi monsieur j'ai fait la colo
Dakar Conakry Bamako
Moi monsieur j'ai eu la belle vie
Au temps béni des colonies
Les guerriers m'appelaient Grand Chef
Au temps glorieux de l'A.O.F.
J'avais des ficelles au képi
Au temps béni des colonies

On pense encore à toi oh Bwana
Dis-nous ce que t'as pas on en a
Y'a pas d'café pas de coton pas d'essence
En France mais des idées ça on en a
Nous on pense
On pense encore à toi oh Bwana.

Dis-nous ce que t'as pas nous on en a
Pour moi monsieur rien n'égalait
Les tirailleurs Sénégalais
Qui mouraient tous pour la patrie
Au temps béni des colonies
Autrefois à Colomb-Béchar
J'avais plein de serviteurs noirs
Et quatre filles dans mon lit
Au temps béni des colonies

Moi monsieur j'ai tué des panthères
A Tombouctou sur le Niger
Et des hippos dans l'Oubangui
Au temps béni des colonies
Entre le gin et le tennis
Les réceptions et le pastis
Au temps béni des colonies
16. René Dumont, L’Afrique noire est mal partie, Seuil, Paris, 1962.
17. René Dumont et M-F. Mottin, L’Afrique étranglée. Zambie, Tanzanie, Sénégal, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Cap Vert, Seuil, Paris, 1969
18. Jean Ziegler, Main basse sur l’Afrique, Seuil, Paris, 1978.
19. Pierre Dagbo Godé, La diplomatie africaine. Théorie et pratique, L’Harmattan, Paris, 2014, p. 61
20. Stephen Smith, alors rédacteur en chef au journal Le Monde a écrit un livre insultant à la mémoire collective des Africains dans lequel il dit entre autre que « l’Afrique est un paradis naturel de la cruauté… Des Africains se massacrent en masse, voire… ils se « bouffent » entre eux et sont habités par un refus d’entrer dans la modernité etc. ». Cf. Stephen Smith, Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Calman-Lévy, Paris, 2003
21. Odile Tobner, « Peau noire, discours blanc » in Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier Verschave, Négrophobie, Les Arènes, Paris, 2005, p.18.
22. Bernard B. Dadié, Cailloux blancs, Ceda/Nei, Abidjan, 2004, p. 113
23. N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, op. cit. p. 23.
24. Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier Verschave, Négrophobie, Les Arènes, Paris, 2005, p. 199

(à suivre)

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ZECCHIN 29/03/2016 14:46

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