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AFRIKANEWS

INTERVIEW EXCLUSIVE :LE MINISTRE AHOUA DONMÉLLO EXPLIQUE LA RÉALITÉ INCONTOURNABLE DE LA LUTTE DU FPI ET DE L'OPPOSITION IVOIRIENNE FACE À LA DICTATURE DE OUATTARA ALASSANE

5 Janvier 2021, 22:28pm

Publié par Mspdi Ubuntu

Dans une interview donnée à un journal ivoirien (AUJOURD'HUI) l'ex porte parole du dernier gouvernement du président Laurent GBAGBO explique les réalités et les enjeux de la lutte actuelles du FPI et de toute l'opposition ivoirienne. Lisez... 

 

1-Monsieur DONMELLO comme tout militant du FPI, vous allez sûrement dire que la dernière décision du comité central s’impose à vous . Cela dit, est-il raisonnable d’aller aux législatives sous l’empire des lois pour lesquelles on a boycotté l’élection présidentielle du 31 Octobre ? Est-ce cohérent ?

C’est comme si vous me demandiez si c’est raisonnable de continuer la lutte ! Oui mais par d’autres moyens pacifiques, à savoir la bataille par les urnes. Tant que les moyens de lutte sont conformes à notre ligne, à savoir, la lutte pacifique pour la démocratie, le choix des urnes comme le choix de la rue restent des choix cohérents et d’ailleurs l’un n’exclut pas l’autre. C’est sous l’empire des lois qui limitent les libertés d’expression et de manifestation que nous avons engagé la bataille pour le boycott des élections présidentielles ; par conséquent l’existence des lois injustes n’arrête pas la lutte mais elle la justifie.

2-Est-ce que tout doucement, l’opposition n’est-elle pas en train de rentrer dans les rangs après la dissolution du CNT ?

Le CNT a atteint ses limites mais l’objectif du CNT est  toujours d’actualité car nous avons acquis le multipartisme depuis 1990 avec un important flux de démocratie sous Laurent GBAGBO et un grand reflux sous M. Ouattara. Nous avons donc reculé et jusqu’aujourd’hui nous avons le multipartisme mais pas la démocratie. Il y a une grande différence car la démocratie à savoir la participation de tous au développement du pays aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé est encore loin du rattrapage ethnique qui donne un monopole tribal à l’emploi public et privé. Aujourd’hui être opposant c’est être exclus de tous les secteurs d’activités ; c’est la caractéristique fondamentale d’une société multipartisane non encore démocratique. Le passage du multipartisme à la démocratie  à savoir le passage du pouvoir des partis par les partis et pour les partis, au pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple  ne peut s’opérer que par une transition qui remodèle les institutions et les lois de la République pour permettre la participation de tous les talents au processus du développement ; indépendamment de l’origine ethnique, partisane ou religieuse. Nous sommes donc toujours dans les rangs de la bataille pour la démocratie.

3-Mais, est-ce que vous comprenez la déception des militants ? Quel bilan dressez-vous, à titre personnel, de ce processus chaotique ou le FPI a été neutralisé dès le départ à cause du rejet de la candidature de Laurent GBAGBO ?

Tout échec entraîne son lot de déceptions. C’est humain. Mais tout échec est aussi la graine d’une victoire prochaine. Il faut donc savoir extraire de la déception la graine de l’espoir en tirant les bonnes leçons de l’échec. La lutte récente nous a démontré que le RHDP ne pèse que 10% de l’électorat, par conséquent une minorité gouverne la majorité. Comment transformer la majorité potentielle en une majorité effective ? La conquête de la majorité parlementaire permettra de donner une réponse.

On a toujours vu en Côte d’Ivoire le chef de l’exécutif être toujours le chef de la majorité parlementaire par conséquent le décideur et l’exécutant constituent la même personne. Nous ignorons ainsi le principe de séparation des pouvoirs qui fonde toute République et le pouvoir du parlement qui fonde le pouvoir du peuple détenteur du pouvoir de décision dans une République, donc capable de faire et défaire n’importe quelle loi et n’importe quel gouvernement et en particulier les lois et les gouvernants qui maintiennent en exil et en prison plusieurs de nos concitoyens.

4-Comment gagner les législatives, surtout avec un FPI à deux têtes et avec deux stratégies différentes ? Il faudrait alors affronter une CEI instrumentalisée et la division du parti.

Plusieurs obstacles sont sur le chemin de la conquête de la majorité parlementaire. Toute l’histoire de l’humanité nous enseigne que la minorité ne règne que par la division de la majorité. La bataille pour la démocratie est valable aussi bien à l’intérieur de l’Etat qu’à l’intérieur des Partis. Le sectarisme est le principal obstacle à la démocratie interne aux Partis. Vaincre le sectarisme à l’intérieur du FPI est la victoire de la démocratie interne retrouvée après la déportation de Laurent GBAGBO, principal trait d’union du FPI. Nous devons gagner cette bataille pour espérer gouverner autrement la Côte d’Ivoire. La réunification du  FPI en particulier et de la Gauche en général est une nécessité démocratique. Un parti non démocratique ne peut conduire son peuple vers la démocratie. 

La coordination des  candidatures au sein de l’opposition est une condition nécessaire pour  la victoire mais non suffisante. Une liste électorale et une commission électorale inclusives ainsi que la sécurisation des bureaux de vote et la détention des cartes d’électeurs constituent d’autres conditionnalités. Ces problèmes peuvent se régler avec une CEI inclusive.

5-Le FPI, du moins la tendance proche de GBAGBO, appelle à son retour et ne veut pas imaginer que l’ancien Président n’entre pas avant la tenue des législatives. Ya t-il des risques de boycotter le scrutin si le retour de l’ancien chef d’Etat n’est pas effectif ?

Il n’y pas de raison majeure qui empêche son retour sauf une volonté délibérée du pouvoir  RHDP de contraindre un citoyen en exil pour un agenda inavouable mais qu’on devine aisément, car son retour sera un accélérateur de l’unité du Parti. Le sachant, le pouvoir est en train de manœuvrer pour retarder son retour. Il nous revient de faire preuve d’imagination et de dépassement quel que soit le cas de figure.

En tout état de cause, le boycott n’est pas une solution pour opérer un changement. Il fait perdurer le statuquo.

6-Ou en sont les négociations avec l’aile du Parti dirigée par AFFI et pensez-vous que  cette division doit être réglée avec les élections législatives ?

La restauration de la démocratie interne au FPI, permettra de briser les mûrs du sectarisme et donc la réunification du FPI. La reprise des négociations et son aboutissement permettront de démontrer notre capacité à gérer une Côte d’Ivoire démocratique et réconciliée avec un Parti à la hauteur des ambitions du peuple, tel est l’objectif stratégique visé par les négociations en cours. 

Voir des candidats du FPI à l’élection législative incapables de porter les couleurs du FPI n’est certainement pas un bon argument de campagne.

7-Les élections se gagnent surtout dans les urnes. Est-ce techniquement possible de gagner avec des règles qui sont favorables au pouvoir en place ?

En 2011, lorsque le RDR était au Zénit de sa gloire et l’opposition avait boycotté les élections législatives, le RDR n’a pu obtenir que 127 élus sur 254 sièges, soit  juste la moitié. 70% des élus du RDR avaient conquis des sièges au Nord et 30% dans les bastions du FPI par défaut, alors que le PDCI se confirmait dans ses bastions avec 70% des élus. Le retour du FPI fait donc automatiquement perdre la majorité au RDR . Dans le cadre de l’Alliance FPI-PDCI, si chacun présente un candidat dans son bastion soutenu par l’autre, alors la conquête de la majorité par l’opposition n’est qu’une simple formalité.   

Des règles injustes et une sécurité partisane peuvent nous jouer des tours mais nous avons aussi l’expérience du combat éclaté. Tout échec est une victoire future et toute victoire est un échec passé. La victoire et l’échec sont les deux facettes du jeu démocratique. N’ayons donc pas peur des échecs, apprenons à transformer nos échecs passés en victoire des législatives.

Certes le pouvoir mettra en place sa propre stratégie pour transformer une minorité en une majorité  au parlement mais c’est de bonne guerre. Notre stratégie à nous, sera de déjouer toutes les manœuvres dont le pouvoir va user pour imposer une majorité frauduleuse au parlement.

8-Vous avez expliqué que la transition voulue avec le CNT peut être obtenue avec le pouvoir législatif. Comment concrètement ?

La conquête de la majorité parlementaire conduira à la cohabitation à l’intérieur des institutions de la République. Il n’y a pas meilleure façon de discuter que lorsque ceux qui discutent tirent leur légitimité du peuple et que la discussion conduit à des décisions qui s’imposent comme lois ou décrets.

9-Que pensez-vous de la création d’un ministère chargé de la réconciliation nationale et de son attribution à KKB accusé de trahison par l’opposition ?

C’est un piège tendu à KKB. Car le défi majeur qui s’impose à KKB sur le chemin de la réconciliation est sa capacité à se réconcilier avec sa propre famille politique. C’est donc un cadeau de Noel empoisonné.

10-Votre dernier mot

Bonne et heureuse année 2021 pour chaque ivoirien, chaque Africain et tous ceux qui nous accompagnent sur le tumultueux chemin de la démocratie et de la souveraineté. Que 2021 nous fasse  faire un pas de géant sur la route de la démocratie et de la souveraineté.

INTERVIEW EXCLUSIVE :LE MINISTRE AHOUA DONMÉLLO EXPLIQUE LA RÉALITÉ INCONTOURNABLE DE LA LUTTE DU FPI ET DE L'OPPOSITION IVOIRIENNE FACE À LA DICTATURE DE OUATTARA ALASSANE
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